Le 27 novembre 1942, aux premières lueurs du jour, la flotte française se saborde en rade de Toulon. A 5h25 du matin, d'énormes explosions raisonnent sur la Ville et sur la Rade. Les toulonnais croient en un terrible bombardement et pour certains en un tremblement de terre. En quelques minutes 90 % de la flotte est détruite. Tous les grands bâtiments de combat sont coulés et irrécupérables. Certains navires brûleront pendant plusieurs jours. Histoire d'un sabordage...
Le Sabordage de la flotte française, résulte du débarquement allié en Afrique du Nord 3 semaines auparavant. En premier lieu, ce débarquement avait entraîné l'invasion par les troupes allemandes de la zone sud jusqu'alors non-occupée. Violation de l'armistice signé à Rethondes en juin 1940, cette invasion pose la question du devenir des navires de guerre français, en rade de Toulon depuis la fin des hostilités avec l'Allemagne.
Trois solutions sont envisageables : le départ de la flotte pour l'Afrique du Nord afin de continuer le combat aux côtés des Alliés ; la récupération des navires par l'Allemagne ; ou le sabordage de la flotte pour éviter qu'elle ne tombe aux mains des Allemands, conformément au plan prévu dès le 20 juin 1940 par l'Amiral Darlan.
Prétextant le débarquement allié en Afrique du Nord, Hitler souhaite en réalité mettre en application l'opération " Lila " visant à désarmer l'armée d'armistice et à s'emparer par surprise de la flotte. Ignorant ce plan, l'Amiral Laborde, dont l'anglophobie est notoire et par fidélité au maréchal Pétain, refuse de faire appareiller les bâtiments pour le Maroc et l'Algérie. D'autant que, le 18 novembre, les Allemands semblent prêts à accepter l'idée du maintien d'un camp retranché à Toulon, composé des troupes françaises de l'armée d'armistice.
Mais cette manœuvre n'est qu'un leurre destiné à faire gagner du temps aux troupes allemandes dans leurs préparatifs militaires. L'opération " Lila " est définitivement élaborée le 24 novembre à Marseille.
3 jours plus tard, le 27 novembre 1942, l'armée allemande attaque Toulon par les airs, la terre et la mer. A l'aube, la division SS " Das Reich ", la 7e PZD, la 3e Luftflotte, 200 marins de la Kriegsmarine attaquent l'Arsenal et une escadrille de Stukas est chargée de tirer sur les navires qui tenteraient de fuir.
A 4h30, le préfet maritime l'amiral Marquis est arrêté au fort Lamalgue. Un de ses adjoints réussit à fuir et à avertir "le Strasbourg", navire-amiral de Laborde. Surpris de ce coup de force, ce dernier donne l'ordre de sabordage à 5h25. En quelques minutes, de violentes explosions retentissent. Certains navires comme les croiseurs "Algérie", "la Marseillaise" ou "le Dupleix" brûleront pendant plusieurs jours. Du côté du Mourillon, 5 sous-marins, refusant d'obéir aux ordres, parviennent à franchir les passes du port militaire malgré les champs de mines magnétiques et les bombardements ennemis. Deux rallieront Alger (le Casabianca et le Marsouin), un Oran (Le Glorieux), un autre trouvera refuge à Barcelone (L'Iris) et le dernier (la Vénus) préférera se saborder en grande rade. Un seul bâtiment de surface, le Leonor Fresnel, ralliera Alger après s'être échappé des Salins d'Hyères.
La réussite du sabordage provient d'une erreur dans le commandement allemand mais également des "combats " engagés par les troupes françaises pour empêcher les Allemands d'approcher des navires. En acceptant ce sacrifice, la marine a respecté son serment de 1940 : ne jamais livrer la flotte à des mains étrangères.
Le bilan matériel est lourd : 90 bâtiments mis hors d'état de combattre, soit plus de la moitié de la flotte française. Ce sont au total 235 000 tonnes sabordées dont 3 cuirassés, 7 croiseurs, 15 contre-torpilleurs, 13 torpilleurs, 6 avisos, 12 sous-marins, 9 patrouilleurs et dragueurs, 19 bâtiments de servitude, 1 bâtiment-école, 28 remorqueurs et 4 docks de levage.
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