Les racines toulonnaises du père de Colette et l’amour qu’elle lui portait ont peut-être une part dans les sentiments qu’elle éprouve pour la Provence.
En 1907, lorsqu’elle a 34 ans, une tournée théâtrale la conduit une première fois sur la côte méditerranéenne. Mais ce n’est qu’avec Maurice Goudeket, son 3ème mari, qu’elle découvre Saint-Tropez. Elle vient d’aimer la Bretagne, elle devient méditerranéenne.
Le 6 novembre 1925, écrivain et journaliste célèbre, elle achète une petite maison de la Baie des Canebiers dont le terrain est à l’abandon et pour laquelle elle a le coup de foudre. Elle la nomme La Treille Muscate. Dans le jardin qui descend jusqu’à la mer, du raisin muscat prolifère en effet au milieu d’un hectare d’arbres fruitiers, de fleurs et de légumes. "Je l’ai trouvée au bord d’une route que craignent les automobiles, et derrière la plus banale grille… une maison petite, basse d’étage... sa terrasse est couverte de glycine... la mer limite, continue, prolonge, ennoblit, enchante cette parcelle d’un lumineux rivage (…). Ici je suis libre maintenant de vivre, si je veux, de mourir, si je peux..."
Elle viendra ici tous les étés et c'est dans cette maison qu'elle écrira son livre "La naissance du jour" dont voici un extrait : "Est-ce ma dernière maison? Je la mesure, je l'écoute, pendant que s'écoule la brève nuit intérieure qui succède immédiatement, ici, à l'heure de midi. Les cigales et le clayonnage neuf qui abrite la terrasse crépitent, je ne sais quel insecte écrase de petites braises entre ses élytres, l'oiseau rougeâtre dans le pin crie toutes les dix secondes, et le vent du ponant qui cerne, attentif, mes murs, laisse en repos la mer plate, dense, dure, d'un bleu rigide qui s'attendrira vers la chute du jour."
Elle délègue l'entretien du jardin à Etienne, "le professionnel du sécateur". Elle veut des fleurs qui attirent les oiseaux et les papillons. Elle veut des légumes, car "un jardin doit nourrir". Sa table offre à Kessel, Carco, Dunoyer de Ségonzac et bien d’autres, melons verts, anchoïade, riz aux favouilles, rascasse farcie et beignets d’aubergine, bouillabaisse, aïoli... Dunoyer de Ségonzac dessinera du reste la Treille Muscate et c'est lui qui illustrera le très beau livre écrit par Colette en 1932 et qui porte le nom de la maison "la treille Muscate".
Mais la ville perd peu à peu de son charme et surtout de sa tranquillité. "En 1931, il y avait dix yachts dans le port, une horreur !" dit-elle. La réputation de Saint-Tropez s'étend. Celle de Colette aussi. Il n'est pas rare de voir des curieux devant sa maison. En juillet 1938, elle n'en peut plus, elle écrit à une amie "J'ai une envie terrible de Bretagne et de marées. Si nous en trouvons l'occasion nous dirons adieu à La Treille Muscate, et nous rechercherons un coin de mer vivante." En juin 1939, elle vend la villa à l'acteur Charles Vanel. Mais elle continuera à fréquenter la Provence "Même si le climat ne vaut rien aux vieilles arthrites."
Aujourd'hui La Treille Muscate est propriété privée et n’est pas ouverte au public.