Le Baron Albert de l'Espée (1852-1918), héritier de la famille de Wendel, est un personnage atypique qui par son originalité et sa démesure a choqué ses contemporains.
Grand misanthrope et immensément riche, le baron avait plusieurs propriétés dispersées à travers la France dont une aux Adrets. C'était un bon chasseur, grand ami des chiens et fervent défenseur de la propreté, mais à un point complètement excessif.
Dans son chenil entièrement carrelé et charpenté de chêne, il ne faisait donner à ses chiens que de la viande fraîche et des oeufs frais pour les chiots.
Refusant de boire l'eau de la source des Adrets, il envoyait chercher l'eau à Théoule. Mais ses domestiques s'arrêtaient souvent au pont de l'Estérel, où coule une très belle source, passaient la journée tranquillement, et revenaient le soir leurs tonneaux pleins !
Très maniaque, il faisait nettoyer le matelas de son lit avec de l'alcool de menthe, assainissait les pièces avec du camphre, et ne tolérait pas que son linge soit lavé avec une autre eau que celle de Théoule.
Cet homme voyageait par chemin de fer, emportant avec lui son lit, son linge bien emballé, son pétrin pour faire son pain, et toute sa vaisselle. Il grillait lui-même son café, et avait sa propre vache pour le lait frais, vache à laquelle il construisit un cabanon personnel !
D'après "Albert de l'Espée" de Christophe Luraschi, Atlantica, Paris, 1999