La vie de cet armateur marseillais a provoqué la naissance d'une véritable légende. Georges Roux de Corse peut-être considéré, à juste titre, comme l'une des figures marquantes de la vie économique marseillaise du XVIII° siècle.
Né en Corse, en 1703, il s'établit à Marseille en 1727 à son retour de la Martinique.
Pendant quarante ans il commerça avec les Antilles et participa largement à leur mise en valeur. Nous savons aussi qu'il pratiqua la traite des esclaves. En 1730, il contribua à introduire en France le café, dont la culture débutait alors aux îles, et à faire de Marseille la place de redistribution de cette marchandise dans tout le bassin méditerranéen. Ses affaires l'amenèrent à armer de nombreux navires.
Sa fortune lui permit d'acheter en 1746 la terre de Brue sur laquelle il édifia une ville neuve, avec son château et son église. Le pigeonnier de Brue est le vestige le plus monumental d’une utopie réalisée : de 1746 à 1758, Roux de Corse défricha, planta, fit venir des paysans ; il créa un centre manufacturier avec tuilerie, faïencerie, ateliers de tissage et de confection, magnanerie, commerces. Un système économique complet et clos dans lequel la monnaie fut remplacée par des cartes et jetons de cuir à son effigie !
Premier échevin de Marseille en 1744 puis en 1765, il s'efforça d'assainir les finances de la ville. Chevalier de Saint-Michel en 1749, anobli en 1750 avec le titre de marquis de Brue, conseiller d'Etat en 1765, il était au faite de sa prospérité et des honneurs lorsque la perte, coup sur coup, de trois de ses navires, marqua le commencement de sa décadence. Les courtiers de commerce dont il avait cherché à amoindrir l'influence, se retournèrent contre lui, firent saisir ses biens, y compris les terres de Brue, mais furent, à leur tour, entraînés dans la faillite en 1774.
Georges Roux mourut ruiné, à Brue, au début de la Révolution en 1792. Sa fortune, son faste, sa générosité avaient fait de lui un moment l'un des personnages phares de Marseille. De cette prospérité il nous reste aujourd'hui à Brue, un pigeonnier, une église et un cours qui porte son nom, et à Marseille, l'hôtel de la rue Montgrand, construit par son frère André vers 1740, où il donna des fêtes magnifiques. Cet hôtel fut le siège de la préfecture des Bouches-du-Rhône de 1805 à 1860, avant de devenir en 1890, un lycée, le lycée Montgrand.
D’après Félix Reynaud, Académie de Marseille